Le débat sur l’ibuprofène révèle le danger des rumeurs de Covid-19

Il y a deux semaines, les autorités sanitaires nationales et mondiales – et les experts en fauteuil roulant et les personnes bien intentionnées inquiètes – avertissaient quiconque s’inquiétait de Covid-19 d’éviter l’ibuprofène. Maintenant, face à des preuves contradictoires, ils ont reculé.

Mais la brève fureur en ligne sur la question de savoir s’il est sûr d’utiliser le réducteur de fièvre, et l’attention portée à l’affirmation selon laquelle il pourrait être dangereux, sont importantes, à la fois pour la façon dont les gens se protègent dans cette pandémie et aussi pour la façon dont nous consommons des informations à ce sujet.

Les établissements de santé et les agences implorent les personnes qui croient être malades de rester à la maison à moins que leurs symptômes ne soient suffisamment graves pour être admis à l’hôpital. . Et les chercheurs qui étudient l’acétaminophène, le médicament brièvement présenté comme le seul remède approprié contre la fièvre, avertissent qu’il n’est pas sans risque non plus.

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Que les avis contre l’ibuprofène aient été diffusés est une étude de bonnes intentions compliquée par des biais et peut-être aussi par de la désinformation. Il montre comment le stress d’une pandémie mondiale provoque une augmentation des informations erronées et incomplètes alors que les gens se précipitent pour déployer toutes les protections disponibles sur le plateau.

Le problème de l’ibuprofène a commencé le 11 mars, lorsque des chercheurs de l’hôpital universitaire de Bâle, en Suisse, et de l’université Aristote de Thessalonique, en Grèce, ont publié un lettre dans La médecine respiratoire Lancet. La lettre a passé en revue trois premiers ensembles de rapports de cas en provenance de Chine, couvrant près de 1 300 patients gravement malades avec Covid-19. Les auteurs de la lettre ont observé qu’un nombre important de ces patients souffraient d’hypertension artérielle et de diabète, de 12% à 30% selon l’étude, et ont émis l’hypothèse que des taux d’expression plus élevés d’une enzyme particulière, connue sous le nom d’ACE2, pourraient augmenter la risque d’infection par un coronavirus.

ACE2 fournit un endroit sur les surfaces cellulaires pour que le coronavirus s’attache et entre afin de se répliquer. L’hypertension artérielle et le diabète sont traités avec des médicaments qui suppriment l’inflammation, appelés inhibiteurs de l’ECA; paradoxalement, les inhibiteurs provoquent une augmentation de l’ACE2. Cette interaction est l’endroit où les auteurs ont repéré un lien possible entre les patients souffrant de maladies chroniques et ensuite infectés par Covid-19.

Et c’est là que l’ibuprofène est également entré dans l’histoire. Le médicament en vente libre ne fait pas que faire baisser la fièvre. Il réduit également l’inflammation (la classe de médicaments à laquelle il appartient est connue sous le nom d’AINS, anti-inflammatoires non stéroïdiens). Cet effet, comme avec les anti-inflammatoires administrés aux patients atteints de maladies chroniques, peut provoquer une augmentation de l’ECA2.

La lettre était spéculative. Mais, trois jours après sa publication, le ministère français de la Santé a diffusé un avertissement contre l’utilisation de l’ibuprofène pour les fièvres Covid-19, citant des «événements indésirables graves» survenant dans des «cas possibles ou confirmés». Le même jour, le ministre français de la santé, médecin, tweeté des conseils pour éviter l’ibuprofène et d’autres anti-inflammatoires car ils pourraient être «un facteur aggravant» dans les infections à Covid-19. Le ministre, Olivier Véran, a recommandé aux personnes atteintes de fièvre de prendre du paracétamol, le nom générique européen de l’acétaminophène, et n’a fourni aucune preuve pour étayer la recommandation. Pourtant, son conseil a fouetté le monde entier: il a été répété dans les médias du États Unis à la Royaume-Uni à Israël à Singapour à Nouvelle-Zélande.

Mais il est difficile de comprendre d’où proviennent les informations du ministère et si les nouvelles versions des médias sont exactes, ont été confondues avec différentes histoires, ou sont même fausses. Les bulletins du ministère français sur l’ibuprofène ne renvoient à aucun rapport de cas. Les médias français ont rapporté plus tard dans la journée que le ministère avait reçu des informations de médecins non identifiés décrivant la mort de Covid-19 parmi des jeunes non identifiés qui a pris «Doses massives» d’AINS. (Des journalistes français ont par la suite donné des noms à certains décès dans lesquels l’ibuprofène pourrait avoir joué un rôle, comme le plus jeune Covid-19 de France victime, un homme de 28 ans qui est décédé dimanche et qui le prendrait pour des douleurs suite à une opération de la colonne vertébrale.) Mais en même temps que l’avertissement de Véran, les vérificateurs des faits de la BBC trouvaient de fausses histoires de décès de Covid-19 en ibuprofène circulé sur Twitter, Facebook et WhatsApp, citant tous «quatre jeunes» dans divers pays.